Fatima Aït Bounoua

Dans cet épisode, j’ai le plaisir d’échanger avec Fatima, professeure de lettres, écrivain et chroniqueuse dans l’émission « Les Grandes Gueules » sur RMC.
Son parcours ne suit pas une ligne droite, mais plutôt le fil d’Ariane de l’expression.

Ecouter l’épisode #26

Notre rencontre

L’enregistrement de cet épisode s’est déroulé à La Rotonde à Paris.
Un lieu très vivant dès le matin. Vous entendrez d’ailleurs les allers et venues du personnel et des clients pendant nos échanges.
C’est une amie commune qui nous a mise en relation, convaincue que nous avions beaucoup à partager. Et il est vrai que nous avons le même attachement à la parole et au langage et foi en sa capacité à nous sauver de nous-même, en mettant des mots sur nos maux.

La trajectoire de Fatima

D’abord professeure de français pendant 14 ans, elle parle du bonheur d’enseigner auprès de ses élèves et de sa gratitude.

Fatima est aussi l’auteur du recueil de nouvelles La Honte, qui aborde les problématiques de langage et de quête d’identité.

Pour Fatima, enseigner et écrire est donc une manière de donner des mots à ceux qui n’en ont pas.

Elle poursuit aujourd’hui des études en psychopathologie et psychanalyse, toujours portée par cette envie d’accompagner les autres au travers du langage et de la parole.

« Je suis comme l’ornithorynque… »

L’ornithorynque est un animal hors norme, inclassable…
Il ressemble à une chimère par bien des aspects : bec de canard, queue de castor, pattes palmées, pelage de taupe… Mais c’est surtout l’un des seuls mammifères qui peut à la fois allaiter ses petits et pondre des œufs (comme un reptile ou un oiseau). Par sa simple existence, il remet en cause le binaire (« allaitement » vs « pondre des oeufs »), car c’est une espèce qui fait les deux.
Fatima refuse cette pensée binaire, notamment lorsqu’elle évoque ses origines :

« Je suis d’origine Marocaine, née en France, j’ai grandi à Poitiers et j’habite à Paris… »

Toutes ces appartenances géographiques et communautaires ont construit son identité et elle revendique le droit de « sauter joyeusement de nous en nous« , en invoquant la part de nous-même qui correspond à la communauté avec laquelle on interagit, sans rejeter pour autant les autres facettes.

« Je veux donner des mots à ceux qui n’en ont pas,  redonner la parole , réconcilier avec la langue… ». 

Le mythe de Philomène

Pendant l’interview (13:30), Fatima utilise le mythe de Philomène, pour illustrer son aspiration de redonner la parole à ceux qui ne l’ont pas. 

Dans le texte des Métamorphoses d’Ovide, Philomène, une Princesse athénienne d’une grande beauté, est violée par son beau-frère, qui lui coupe la langue pour qu’elle puisse pas révèler ce crime à Procné, sa sœur. Philomène parvient toutefois à raconter ce drame en réalisant la scène dans une tapisserie. Les deux sœurs décident de se venger en donnant à manger au violeur la chair de son propre fils.
Les trois personnages sont ensuite transformés en oiseaux.

Le principal thème qui ressort de ce mythe est la violence envers les femmes, la perte de la parole et la création, qui est une autre forme d’expression. 

L’intertextualité avec Annie Ernaux

Le livre La Place, d’Annie Ernaux est une oeuvre fondamentale dans la vie de Fatima, qui a d’ailleurs fait l’objet de son mémoire de maîtrise. 

Ce roman lui a permis de comprendre que sa voix comptait et qu’elle avait aussi droit de cité dans la littérature. C’est pourquoi le titre La Honte écrit par Fatima est un clin d’oeil à l’oeuvre d’Annie Ernaux, qui a écrit un ouvrage du même nom.  
Dans ses livres, Annie Ernaux parle du sentiment de honte et de son milieu social. Elle évoque notamment le
 fossé qui s’est creusé entre elle, étudiante, et son père, ouvrier devenu petit commerçant, qui espérait que sa fille devienne mieux que lui, grâce aux études. Le langage simple et épuré employé par Annie Ernaux était une façon d’incarner une forme de libération face à son sentiment de culpabilité et de trahison vis-à-vis de ses parents.  

Dans le podcast, Fatima parle de ce sentiment de honte et des mots des autres qui peuvent faire mal, « comme des balles perdues ». Un mal parfois pour un bien nous dit-elle, car « de l’humiliation peut aussi naître l’action » et la résilience. 

 

 

 

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter des Cascadeuses :


  • Rester informée de la publication de nouveaux épisodes.
  • Bénéficier d’informations inédites sur les invitées, les références de leurs sources d’inspiration, leurs tips pour les abonnées.
  • Recevoir des éléments de réflexion issus de mes lectures sur l’entrepreneuriat féminin.